Le Bourgeois Gentilhomme par Jérôme Deschamps : jubilatoire et magnifique



A maintes reprises, Jérôme Deschamps nous a prouvé qu’il était un incontournable, un monument de la scène théâtrale française notamment avec la mise en scène de la comédie de Georges Feydeau, Un fil à la patte, qui lui a valu le Molière du théâtre public en 2011.


Cette année, c’est avec une mise en scène spectaculaire du fameux Bourgeois Gentilhomme de Molière que l’un des meilleurs metteurs en scène de notre temps remonte sur les planches après une absence de cinq ans. Un classique, donc et peut-être aussi un défi, parce que Deschamps s’attaque là un genre hybride et complexe, celui de la comédie-ballet, la dernière créée par Molière et Jean-Baptiste Lully en 1670 sous la commande de Louis XIV qui souhaitait dénoncer les usurpateurs des titres de noblesse et se venger de la Turquie, qui fut la superpuissance de l’époque.


Il n’est pas celui qu’on croit, un ridicule sottement ambitieux, en appétit des honneurs, mais un bourgeois qui s’ennuie et qui désire s’élever, quitter la vie routinière qui l’ennuie, et devenir un « homme de qualité » par la culture.

Extrait de la note d’intention de Jérôme Deschamps


Ainsi assistons-nous aux aventures de Monsieur Jourdain, un bourgeois qui nourrit le souhait de s’élever par la culture plus que par sa fortune. C’est un Monsieur Jourdain touchant et émouvant qu’incarne Deschamps, surtout au cours du premier acte où l’on assiste à la solitude incommensurable du personnage.


Les autres personnages qui se jouent de lui parviennent à accentuer dans un premier temps notre attachement à Monsieur Jourdain, un attachement mêlé à une certaine note d’empathie voire de pitié qui nous donnent envie de le voir réussir sa quête et prendre une certaine « revanche », autrement que par sa richesse.


De fait, le personnage de Monsieur Jourdain a le mérite d’être extrêmement bien incarné par Jérôme Deschamps dont les jeux de langage, l’élocution drôlement incertaine et les costumes ridiculement démesurés (élaborés par l’italienne Vanessa Sannino) nourrissent les ressorts comiques du personnage. Une première partie plus que jubilatoire, donc, enrichie également par la justesse du jeu de Bénédicte Choisnet et de Guillaume Laloux, qui incarne le Maître de Danse et qui a su provoquer l’hilarité dans la salle de l’Opéra municipal de Marseille.


Evidemment, le texte est poétique tout en étant drôle, fidèle au texte extraordinaire de Molière. Les comédiens l’habitent, l’incarnent, avec talent et spontanéité, avec une grande fraîcheur, et il nous est difficile alors de les imaginer autrement que dans la peau des personnages savamment travaillés de la pièce.


« Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font ? »

Extrait de la pièce.


Jérôme Deschamps respecte l’œuvre initiale de Molière et Lully et lui rend hommage en conservant la musique et la danse comme l’essence de l’œuvre dans une mise en scène spectaculaire et grâce à l’Académie des Musiciens du Louvre qui fait un travail remarquable, notamment au cours de la célèbre « Marche pour la cérémonie des Turcs » qui fut l’un des morceaux les plus célèbres de Jean-Baptiste Lully.


Autre chaînon du comique dans cette mise en scène, les costumes magnifiques et démesurés de Vanessa Sanninno, qui fut en lice pour le Molière du créateur de costumes en 2011 pour Un fil à la patte. Leur grandeur extraordinaire a maintes fois provoqué l’hilarité dans la salle, mais leur justesse et leur fidélité n’ont fait qu’accentuer la sincérité de la pièce.

Jérôme Deschamps se plaît à affirmer que cette pièce fut un rêve d’enfant, lui qui assistait avec son grand-père à la pièce et admirait alors Louis Seigner et Jacques Charon. Aujourd’hui, il reprend le flambeau délicat du Bourgeois Gentilhomme et l’éclaire de son incandescence théâtrale avec la plus grande des sincérités.

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